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Combien nous coûte « la grandeur de la France » ?

23 janvier

Tel un aristocrate s’accrochant à son titre de noblesse, la France tient beaucoup  à son rang et sa notoriété au niveau international. Or cette « grandeur française » a un coût, voire même un surcoût…  Voici quelques pistes de réflexion pour concilier grandeur nationale et économies avant d’envisager de rejoindre la liste des 29 pays sans armée.

 

La France, un « grand pays »… dans les discours.

« Il y a un pacte 20 fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté dans le monde», proclamait Charles de Gaulle en mars 1941. Si la corrélation n’est pas facile à prouver, il en est une autre, moins connue et négative : Un pacte 4 fois décennal entre la part de la France dans la population mondiale et la grandeur de la France dans la bouche des hommes et des femmes politiques (source : discours.vie-publique.fr)

 

Grande, la France ? Le pays représente moins d’1% de la population mondiale, après un pic à plus de 5% en 1936, en comptant l’Empire (jetez un oeil à cette belle dataviz sur le déclin des empires). Vouloir être une grande puissance dans ces conditions, c’est un peu comme si votre cuisinière avait décidé de devenir la pièce la plus importante de votre appartement. (Appartement de 50m² avec 2,6 mètres sous plafond, cuisinière de forme cubique avec une arrête de 80cm).

Aujourd’hui, on compte moins de Français que d’habitants de la province de Shandong, au sud de Pékin. En termes de valeur ajoutée, la France se place toujours dans les 10 premiers pays, mais ne représente plus que 2,5% de la valeur produite totale – la moitié de ce que pesait la France au temps du Général.

 

La grandeur de la France au révélateur  de l’opendata

De droite comme de gauche, les gouvernements français se sont succédé depuis la fin de seconde guerre mondiale en conservant l’obsession de la grandeur du pays. Le faire grandir physiquement et économiquement devenant de plus en plus difficile, nos hommes politiques se sont tournés vers des moyens de substitution : Bombe atomique (1960), zones économiques exclusives en mer, bases militaires en Afrique, organisation du G7 (1975), porte-avion nucléaire (2001), avions de combat multirôle (le Rafale, 2000)…

Depuis que l’alliance des communistes et des gaullistes a torpillé le projet de défense européen il y a 58 ans, hommes et femmes politiques ne remettent plus en cause les dépenses militaires et les actions de prestige. Parmi les candidats à l’élection présidentielle de 2012, seule Eva Joly et ses 3% d’intentions de vote affirment vouloir mettre fin au programme de dissuasion nucléaire.

L’opendata permettra-t-il de chiffrer les dépenses liées à la grandeur de la France ? Data-Publica recense déjà 94 jeux de données sur les budgets de la défense, par exemple, mais aucun ne s’intitule « coûts et bénéfices de la politique de grandeur » et aucun député n’a posé la question au gouvernement. Du coup, on a été obligé de faire un chiffrage nous-même. Le but n’est pas de savoir s’il est nécessaire d’avoir des armements sophistiqués, mais bien de savoir combien coûtent aux citoyens Français les programmes développés sans partenaires internationaux.

Vous êtes plutôt Rafale ou Ipad2 ?

Les calculs cherchent à montrer des ordres de grandeur plutôt que des chiffres exacts (c’est à la Cour des Comptes, qui a accès à la comptabilité détaillée de l’Etat, de faire les calculs précis, pas au journaliste). Par ailleurs, ils ne prennent pas en compte les éventuelles retombées positives de l’industrie militaire. Sans ces projets de prestige, serait-il possible d’exporter plus de €5 milliards de matériel de guerre par an ?

Le Rafale : un joujou à 429€ par foyer

Au début des années 1980, la France participait au programme Eurofighter avec 4 autres pays européens pour concevoir un nouvel avion de combat. Dès 1985, la France se retire du consortium, les partenaires n’ayant pas voulu que Dassault dirige les opérations et préférant un avion d’interception plutôt qu’un multirôle. Dès lors, 2 projets concurrents sont développés en Europe. Ils aboutissent au Rafale, vendu €120 millions à l’unité, et à l’Eurofighter, vendu €90 millions (prix TTC).

Sans débattre des mérites de chaque appareil (on se bornera à dire que l’un a été vendu à 6 pays, l’autre à un seul), on constate que le surcout du programme français atteint 15 milliards d’euros, soit 429€ par foyer fiscal. Dommage que l’on ne pose jamais la question en ces termes : « Préférez-vous que votre armée possède de très bons avions, très français, ou des iPad2 ? »

Mis en perspective avec d’autres projets pharaoniques, on se rend compte que le surcoût du Rafale par rapport à l’Eurofighter dépasse de beaucoup plusieurs projets civils, y compris le gouffre financier de l’EPR de Flamanville. On ne voit pas le Centre Pompidou de Metz sur le graph et c’est normal : il n’a coûté que 2€ par foyer.

Chars Leclerc : 110€ par foyer

Si le Rafale permet de faire de magnifiques photos, le char Leclerc ravit les amateurs de véhicules roulants vite dans la poussière. Plus impressionnant que le motocross :

A la différence du Rafale, le char Leclerc s’exporte. Les Emirats Arabes Unis en ont acheté 400 en 1993. Mais la superstar des tanks en Europe, utilisé par une dizaine de pays de l’Union, c’est le Leopard 2, construit en Bavière. Un char Leclerc neuf revient à €15 millions, contre moins de €6 millions pour un Leopard. Pour les 400 unités françaises, le surcout atteint 4 milliards, soit 110 euros par foyer.

Bases militaires : 8€ par foyer et par an

La France est, avec les Etats-Unis, la Russie, l’Inde et le Royaume-Uni, l’un des seuls pays à conserver et à installer des bases militaires à l’étranger. Le Sénat a listé le coût des forces prépositionnées au Gabon, au Sénégal, à Djibouti et à Abu Dhabi. L’analyse présentée ici rajoute à ces quatre bases celles du Tchad et de Côte d’Ivoire, officiellement maintenues dans le cadre d’opérations en cours, en réalité des bases préexistantes transformées en opérations « ponctuelles » en 1986 pour N’Djamena et 2008 pour Abidjan.

Le surcoût en rémunération et en transport était de €126 millions en 2009 pour les quatre bases et de €172 millions pour le Tchad et la Côte d’Ivoire. Près de 300 millions d’euros annuels au total, soit 8€ par foyer et par an.

D’autres dépenses doivent rejoindre cette liste: Coût de la dissuasion nucléaire franco-française (elle pourrait être mutualisée avec les voisins), coût du porte-avion, économies pouvant être réalisées en mutualisant les ambassades et les consulats à l’étranger, et en supprimant les ambassades (pas les consulats) au sein de l’Union Européenne. Si vous avez des chiffres ou des moyens de chiffrer ces postes, signalez-le en commentaire et nous les intégrerons à l’article !

 

Source : Nicolas Kayser-Bril pour Data Publica

Creative Commons License

Combien nous coûte la grandeur de la France ? de Nicolas Kayser-Bril est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé.





10 réponses à Combien nous coûte « la grandeur de la France » ?

  1. Gabriel dit:

    Je ne vois pas le but de votre article…
    Sinon, quelques chiffres :
    - 43,56 milliards d’euros pour 160 Eurofighter pour Londres
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Eurofighter_Typhoon
    - 43,56 milliards d’euros pour 288 Rafale pour Paris
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dassault_Rafale

    Faites le calcul vous même…
    Ah oui, j’oubliais, le Rafale peut atterrir sur un porte avion alors que les anglais se débattent avec un second programme : le F35 dont on ne peut aujourd’hui pas définir les coûts précisément en dehors du fait qu’ils sont exorbitant.

    In fine, la France aura un avion efficace, conçu pour ses besoins et peut cher par rapport à ses capacités…

    Vous pouvez aussi préciser que la France a perdu de l’argent sur le contrat (très mal négocié) du Leclerc vendu aux EAU !

    J’espère que ces éclaircissements pourront amener une modification salutaire de votre article !

    Cordialement,

    Gabriel

  2. Nicolas Kayser-Bril dit:

    Gabriel, merci pour ces précisions! Le but n’est pas de juger de la qualité du Rafale, dont plusieurs experts disent effectivement qu’il est meilleur que l’Eurofighter. Quant au prix, si cette étude donne un coût unitaire supérieur pour l’Eurofighter, la plupart des autres sources tournent bien autour de €90m par machine.

    L’article pose simplement la question de savoir si les contribuables français ont besoin d’un avion qui, bien que meilleur techniquement, coûte plus cher que ses concurrents étrangers.

    • Gabriel dit:

      Vous comparez les coûts fly-away (cad sortis d’usine – pièces et main d’œuvre) et les coûts des programmes entiers (R&D). Dans les deux cas, le Rafale est légèrement moins cher, voir du même prix… Mais l’Eurofighter n’a pas de version naval et ne gère pas l’arme nucléaire.
      Je vous conseille les versions anglaises des pages Wikipédia des deux avions, bien plus étoffées et avec des mises à jours récentes que leur version française…

      Si on sort de l’Eurofighter, qu’est ce qu’il nous reste…
      Des avions complètements étrangers qui bien que moins chers (et moins efficaces que le Rafale) vont vider :
      - notre excellence technologique (cad ingénieurs)
      - nos usines (cad ouvriers)
      - nos portefeuilles (cad emplois induits)

      Je ne dis pas que le Rafale est un avion parfait, mais je pense que c’est un programme mal aimé alors qu’il est vraiment bénéfique pour la France dans de nombreux domaines… (ce dont je suis moins sûr concernant le Leclerc et les bases à l’étranger).

      • Nicolas Kayser-Bril dit:

        Gabriel, Je suis tout à fait d’accord avec vous. Sauf que je compare ici le coût du Rafale pour les contribuables français avec ce que nous coûterait un Eurofighter sorti d’usine, si la France n’avait pas de programme d’avion multirôle et se contentait d’un rôle d’acheteur passif. La comparaison programme Rafale vs. prix à la vente de l’Eurofighter est donc pertinente.

        Bien sûr, cela impliquerait la fin de l’industrie militaire française telle qu’on la connait (rien n’empêche les industriels actuels de devenir les sous-traitants de consortiums étrangers). L’article suggère simplement que les 15 Mds de surcoût du programme Rafale auraient pu être investis ailleurs, dans d’autres programmes d’excellence française (TGV, centrales, technologies vertes…)

        Tebruc, s’il n’était pas complètement désavoué par les revers subits depuis 2001, votre discours compléterait parfaitement l’argumentaire du petit faucon néoconservateur à la française!

        • ribinn dit:

          Les résultats de la compétition suisse ont montré que le Rafale était moins cher que l’Eurofighter (on ne sait pas de combien) et finalement pas beaucoup plus cher que le Gripen (mono réacteur pourtant).
          Les autres chiffres que l’on rencontre à droite et à gauche sont inexploitables faute de savoir ce qu’ils contiennent.

  3. tebruc dit:

    Votre question est importante et mérite d’être posée. Mais les deux termes de votre analyse ne sont pas pertinents. D’abord la justification d’un budget de défense par rapport à la population n’est pas pertinente. Le bon rapprot est la puissance économique et la France reste encore la 5ème puissance économique du monde. D’autre part, nous n’avons pas une politique de défense seulement pour entretenir une image d’Epinal. la France a des intérêts dans le monde entier. Son économie dépend de ressources naturelles qui n’existent pas en métropole. Elle dépend aussi des transports pour acheminer ces ressources naturelles.
    Il nous faut donc un moyen d’action pour protéger ces intérêts et cette puissance économique, sans être dépendant d’une autre puissance qui nous imposerait des choix et des positions que nous n’approuverions pas.
    Donc il ne s’agit pas de la « Grandeur » de la France, mais seulement de sa survie en tant que nation indépendante.

  4. Bob dit:

    Oui Tebruc sauf que on peut se demander si ces « intérêts » de la France dans le monde sont justifiés..

    • Max dit:

      L’article n’est pas mauvais dans le fond (étant un anti-militariste convaincu, j’aurais du mal à taper dessus).
      Par contre, estimer la puissance de la France au niveau de son nombre d’habitant, c’est un peu débile. A titre d’example, les Etats Unis ne font que 4% de la population mondiale. Vous allez contester leur rang ?

  5. Sojaldicien dit:

    Je me suis amusé à faire un calcul simple en cherchant des informations sur Internet pour voir ce que me coûte la programme Rafale en tant que contribuable. Selon le rapport du député Gilles Carrez du 14 octobre 2010, les crédits de paiement 2011 (l’argent effectivement dépensé) pour l’équipement des forces armées françaises s’élèveront à 10,7 milliards d’euros. Le programme Rafale représente 946,5 millions soit 9 % de ce total. Si vous divisez ce chiffre par le nombre de foyers contribuables payant effectivement l’impôt sur le revenu (19 448 851 personnes, INSEE 2009), cela revient, en moyenne, à 49 euros par contribuables. Cela équivaut à un plein d’essence dans ma Clio.

  6. JayJay dit:

    Je ne comprends pas très bien le but de l’article… et la pertinence de la comparaison entre un rafale et un ipad?
    Vous sous-entendez que la France ferait mieux de renoncer à son indépendance, son industrie, sa capacité à peser dans le monde, etc…, pour se payer des gadgets électroniques??
    J’abonde d’ailleurs dans le sens des commentateurs précédents: pour qui connait un tout petit peu l’aéronautique de défense, le rafale n’est pas un si mauvais programme, il aura finalement couté peu cher par rapport à l’Eurofighter (qui devra être complété par des F35 dont personne ne connait encore le coût)

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