Délinquance : moins de petits délits, plus de violence, plus de ciblage
12
janvier
Les données sur la délinquance de 2002 à 2010 répertoriées sur Data Publica sont riches et variées. Grâce à son visualisateur et un décryptage thématique, Guillaume Lebourgeois, ingénieur R&D chez Data Publica, en a extrait les principales tendances courbes, histo et témoignage à l’appui !
Présentation du jeu de données
Le fichier mis à disposition par le ministère de l’intérieur nous permet de consulter les chiffres de la délinquance entre 2002 et 2010, par type de délinquance (93 types référencés), pour chacun des départements français. Dans le cadre de notre étude nous avons consolidé ces chiffres sur le plan national, afin de dessiner de grandes tendances et d’en faire une analyse générale.
(Rendez-vous en fin d’article où vous pourrez naviguer dans les données et créer vos propres datavisualisations !)
Un bilan de 9 ans de politique de sécurité
Comme nous le verrons, les chiffres évoqués dans cet article reflètent à la fois des tendances structurelles ainsi que des actions politiques ciblées de lutte contre certains délits.
Ces 9 années de politique de sécurité, mise en place dès le changement de gouvernement en 2002, illustrent le bilan d’une seule politique publique menée par le même parti politique et cinq ministres différents.
|
Ministre |
Durée approximative en mois |
% occupation sur la période |
|
Nicolas Sarkozy |
44 |
42% |
|
Michèle Alliot-Marie |
25 |
23% |
|
Brice Hortefeux |
20 |
19% |
|
Dominique de Villepin |
14 |
13% |
|
François Baroin |
3 |
3% |
2002-2010 : baisse générale des faits de délinquance
Entre 2002 et 2008, la délinquance a globalement baissé : nous sommes passés de 4 113 882 délits à 3 447 903, soit une baisse d’environ 16%. Mais la délinquance est constituée d’une kyrielle de délits, qui représentent des volumes et des évolutions très différents : parmi la centaine recensée certains sont présents en quantité anecdotique, tandis que d’autres représentent de gros volumes ; certains ont augmenté durant ces dernières années alors que d’autres ont nettement baissé.
Pour faire baisser la délinquance : supprimons les véhicules !
En regroupant les délits par thème, on réalise que quatre des cinq actes de délinquance qui présentent les plus grands volumes sont presque tous liés à l’automobile :
- Vols à la roulotte
- Autres vols simples contre des particuliers dans des locaux ou lieux publics
- Destructions et dégradations de véhicules privés
- Vols d’automobiles
- Vols d’accessoires sur véhicules à moteur immatriculés
Ces cinq actes représentent à eux seuls environ un tiers des délits en France ! Cette proportion a toutefois diminué ces dernières années, tout comme le volume de ces délits, comme on peut le constater dans le graphique suivant.
Quant aux faits de délinquance impliquant des véhicules (deux roues, voitures et autres), ils représentent près de 18% de l’ensemble des faits constatés en 2010 (contre 27% en 2002)
Evolution de la délinquance par thématiques
Nous avons réparti les 103 types de délinquances en grandes thématiques :
- Vols sans violence
- Dégradations matérielles
- Violences
- Stupéfiants
- Immigration
- Contrefaçon
- Autres
La thématique « Autres » contient tous les faits de délinquance qui ne peuvent être assemblés pour fournir de nouvelles thématiques (à savoir 26 types de délits).
Si l’on observe l’évolution de ces thématiques sur la période 2002-2010, certaines d’entre elles ont baissé en volume tandis que d’autres ont augmenté.
À titre indicatif, nous donnons la part relative de chacun des thèmes sur cette période, c’est-à-dire à quel pourcentage du volume total des délits chaque thématique correspond.
Délinquances en baisse
|
Thématique |
Baisse sur 8 ans |
Part relative du total sur 8 ans |
|
Dégradations matérielles |
-35,44% |
13% |
|
Vols sans violence |
-24,46% |
62% |
|
Contrefaçon |
-8,58% |
1% |
Délinquances en hausse
|
Thématique |
Hausse sur 8 ans |
Part relative du total sur 8 ans |
|
Stupéfiants |
+59,45% |
4% |
|
Immigration |
+50,41% |
2% |
|
Violences |
+27,35% |
11% |
|
Autres |
+6,48% |
7% |
Représentations
L’évolution du volume de délits de chaque thématique est visible dans le graphique ci-après. On constate très clairement la diminution des vols au fil des années, en même temps que celle des dégradations matérielles, tandis que les violences augmentent progressivement jusqu’à dépasser les dégradations.
En parallèle, la délinquance liée à l’immigration et aux stupéfiants qui était en 2002 presque anecdotique augmente très progressivement.
Ces évolutions sont d’autant plus visible si l’on observe le graphique sans les Vols
:
+59.45% : c’est stupéfiant…
L’ensemble des délits concernant les stupéfiants a connu la plus forte hausse. On réalise avec cet histogramme que ce sont les délits pour usage de stupéfiants qui ont permis de faire augmenter ces chiffres depuis 2002.
Au sujet des stupéfiants, Michael Bucheron responsable de la communication au sein du syndicat de UNSA Police nous a confirmé par téléphone ce que les chiffres laissaient entrevoir :
« Pour les stupéfiants, je ne suis pas étonné que les chiffres soient logiquement en hausse : si vous avez une volonté politique d’avoir des chiffres intéressants sur cet aspect là, mécaniquement en ciblant davantage la lutte contre les stupéfiants vous êtes susceptibles de faire remonter les chiffres. Par contre, cela ne veut pas nécessairement dire qu’il y a plus de consommateurs sur la voie publique mais simplement une volonté forte d’impulser une lutte contre ce délit. »
L’immigration, l’autre thème fort de la politique de sécurité
L’ensemble des délits liés à la lutte contre l’immigration clandestine a lui aussi connu une nette hausse avec une augmentation de +50% de 2002 à 2010.
Là encore, le responsable de la communication de l’UNSA Police n’est pas moins étonné : »Il y a une volonté politique par rapport à l’immigration et on peut penser que les chiffres sont dans la continuité politique de lutte contre l’immigration clandestine notamment. C’est une volonté politique qui explique cette hausse sensible des chiffres de lutte contre l’immigration sachant que ça reste limité. »
Dans le détail, voici à quoi ressemblent les chiffres de la lutte contre l’immigration :
Une autre manière d’observer cette évolution est d’utiliser le graphique représentant la proportion de chaque thématique dans les actes de délinquance au cours du temps (attention, les années sont en ordonnée) :
Une violence croissante
Troisième éléments marquant dans cette analyse, l’augmentation des délits violents de +27% tandis que les vols sans violence diminuent dans une proportion équivalente (-24%) sur la même période.
Les causes d’une telle évolution sont diverses et variées. Mais, plus étonnant, le policier Michael Bucheron pointe certaines évolutions aux effets inattendus : “Les avancées technologiques ont eu un effet pervers : il est désormais beaucoup moins simple pour un individu de voler un véhicule garé dans la rue, du coup il s’est opéré un glissement du vol simple au vol avec violence et désormais il est fréquent de voir des vols de véhicules qui se font en virant le chauffeur de leur voiture. »
Enfin s’il est un fait qui a retenu toute l’attention de notre responsable syndical, c’est l’augmentation très nette des violences faîtes aux forces de l’ordre. Ainsi, comparativement aux outrages qui stagnent depuis 2002, c’est un fait que le 5ème délit de violence concerne surtout les forces de l’ordre, gendarmes et policiers. “Je ne suis pas étonné de voir augmenter ces chiffres. A l’UNSA Police, on dénonce la hausse continue des violences faites aux policiers, des violences gratuites avec parfois armes lourdes et même des guet-apens. “ précise Michael Bucheron.
Guillaume Lebourgeois - Ingénieur R&D, Data Publica
Benjamin Gans - INRIA – équipe LEO

Délinquance : moins de petits délits, plus de violence, plus de ciblage de Guillaume Lebourgeois et benjamin Gans est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé.
Maintenant ces données sont à vous lecteurs !
Avec ce visualisateur, vous pouvez naviguer dans les données, croiser les délits par départements, ou types de faits (sélectionnez Série puis type de faits).
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En ce qui concerne les violences faites aux policiers, il est intéressant de lire le livre de Didier Fassin, La force de l’ordre. On comprend ainsi qu’une grande partie de ces violences sont aussi liées au travail même de la police, tel qu’il a évolué au cours des dernières années, en particulier dans les banlieues. D’un côté, la politique du chiffre, qui explique aussi la focalisation sur les stup et l’immigration (affaires qui sont résolues en même temps qu’elles sont découvertes) a entraîné une multiplication des contrôles. Ces contrôles, sans fondement légal, sont entre autre au coeur d’un regain de tension entre les populations des quartiers (en particulier les jeunes) et les forces de l’ordre. D’autre part, les allégations de « violences » sont également pour les policiers, une justification pour embarquer au poste des personnes contrôlées alors qu’elles n’ont rien fait, pour « leur donner une leçon » ou parce que, en tant que jeunes des banlieues, ils sont nécessairement coupables de quelque chose. Ou encore pour justifier un usage excessif de la force. Et les derniers faits divers en la matière (même si ce ne sont que des faits divers) montrent de manière exemplaire que l’utilisation de la force est volontiers excessif… En se fondant uniquement sur les statistiques relevant du décompte des infractions effectués par les services de police ET sur les seuls commentaires de ces mêmes forces de l’ordre (ou « témoignages » comme vous dites), il s’agit, pour le moins, d’une vision biaisée de la réalité.