Données publiques, Open Data & Data Store

Bienvenue. S'inscrire ou s'identifier
locandina lappartamento spagnolo

Non, les étudiants Erasmus ne vont pas (tous) à la plage

21 février

D’après un très récent sondage, Paris vient d’être consacrée meilleure ville du monde pour les étudiants devant Londres, Boston ou Melbourne. Un autre classement basé sur les flux d’étudiants du programme Erasmus permet de se faire une idée plus précise des universités vedettes en Europe. Il fallait pour cela récupérer les données de la direction de l’éducation de la Commission Européenne. Ce que le datajournaliste Nicolas Kayser-Bril est allé faire pour vous.

 

L’auberge espagnole : info ou intox ?

Depuis que Cédric Klapisch a popularisé le programme de mobilité étudiante Erasmus avec L’Auberge Espagnole, le nombre d’étudiants en ayant bénéficié a doublé, passant de 1 à 2 millions (voir l’étude statistique de la Commission). Tous les ans, ce sont désormais plus de 200 000 étudiants qui partent étudier un ou deux semestres dans un autre pays de l’Union.

Tous ne partent pas sous le soleil de Barcelone. J’ai demandé à la DG Education & Culture de la Commission les statistiques détaillées des institutions d’accueil et de départ des étudiants Erasmus. Ils sont présentés sur la carte ci-dessous. Les points jaunes et rouges sont les universités les plus attractives, où le nombre d’étudiants reçus (incoming) dépasse celui d’étudiants partants (outgoing).

Les données sont encore partielles. Le Commission ne fournissant pas les adresses des universités, une partie d’entre elles n’a pas pu être géocodée. Par ailleurs, je n’ai mis sur la carte que les institutions ayant envoyé et reçu plus de 50 étudiants ces 3 dernières années. Il manque ainsi environ la moitié des établissements, qui représentent moins de 15% des flux d’étudiants.

Téléchargez les données sur Data-Publica et faites votre propre analyse !

L’anglais plutôt que le soleil

Les points rouges ne s’accumulent pas autour de la Méditerranée, comme on aurait pu s’y attendre. Au contraire, les universités les plus demandées sont toutes anglophones, qu’elles soient au Royaume-Uni, en Scandinavie ou aux Pays-Bas. A l’inverse, les pays post-socialistes, la Turquie et le centre de l’Allemagne n’attirent pas les foules d’étudiants.

En nombres absolus, l’Espagne reste le principal pays d’accueil. Le programme reposant sur la réciprocité des échanges, le simple fait que l’enseignement supérieur espagnol ait mis le paquet sur Erasmus explique que le pays soit la première destination. D’ailleurs, les Italiens et les Portugais sont les premiers à venir en Espagne (voir cette très complète étude de la Commission sur la mobilité universitaire intra-européenne).

En gros, la majeure partie des étudiants Erasmus ressemble moins à Romain Duris qu’à un étudiant s’acharnant à comprendre des cours en anglais dans une cité universitaire d’Europe du Nord.

 

Royaume-Uni et Grèce, exclus volontaires

Tous les Etats-membres n’accueillent pas Erasmus de la même manière. Pendant un semestre donné, plus de 15 étudiants espagnols sur 1000 sont à l’étranger, en Erasmus. Dans le même temps, leurs camarades Britanniques et Grecs ne sont que 3 et 4, respectivement. (La Roumanie et la Turquie font pire, mais ces pays n’ont rejoint Erasmus qu’en 1999 et en 2004. Dans ces deux pays, le taux de croissance des étudiants partants dépasse 50% sur la période 2005-2010.)

Cette inertie de l’administration universitaire semble ne pas déranger une bonne partie des étudiants Grecs et Britanniques. Un Eurobaromètre a révélé en 2011 que, parmi les jeunes n’étant pas partis à l’étranger durant leurs études, plus de la moitié des jeunes Grecs et 40% des Britanniques n’en voient tout simplement pas l’intérêt. En France et en Roumanie, le chiffre était d’un sur trois, et d’un sur quatre en Turquie.

Impossible malgré tout de tirer des conclusions sur l’ouverture d’un pays aux étudiants étrangers (la France de Claude Guéant en reste le meilleur exemple). Malgré la croissance phénoménale du programme, les étudiants Erasmus ne représentent qu’à peine plus de 10% des étudiants étrangers en Europe. Au Royaume-Uni, les 13 000 Erasmus ne pèsent pas lourd face aux 400 000 étudiants étrangers.

Pourtant, le programme reste une opportunité unique de découvrir un autre système universitaire, sans risques et en étant subventionné. C’est là où L’Auberge Espagnole voit juste : pour une bonne partie des 2 millions de bénéficiaires, Erasmus a été une expérience enrichissante qu’ils n’auraient pas pu vivre autrement.

 

Source : Nicolas Kayser-Bril pour Data Publica

Creative Commons License

Non, les étudiants Erasmus ne vont pas (tous) à la plage de Nicolas Kayser-Bril est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé.

 





Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>