Rubrique les Data Geeks : Laurent de Boissieu, le « Politique Data Geek ».
6
août
Suite de notre rubrique consacrée aux Data Geeks : après les interviews des Data Geeks Arthur Charpentier et Mathieu Rajerison, Data Publica vous présente Laurent de Boissieu qui anime et alimente le plus ancien blog d’informations politiques france-politique.fr. Petit entretien avec ce passionné de la donnée politique.
Data Publica : Ton site france-politique.fr est sans doute l’un (le ?) plus ancien blog politique : quand et pourquoi l’as-tu créé ?
Laurent de Boissieu : J’ai créé france-politique.fr (à l’époque http://francepolitique.free.fr) en novembre 2001, après un premier site créé en mai 2000. Il s’agit en effet à ma connaissance du plus ancien site francophone présentant les résultats électoraux et du deuxième informant sur les partis politiques, après « Décrypt Politique » de « P’tit Ben ».
J’ai été embauché à La Croix en septembre 2000. Je crois que nous étions alors que deux journalistes politiques à posséder notre propre site Internet, le premier étant le pionnier Éric Dupin, lui dès 1997 !
C’est une fois devenu journaliste politique que j’ai réalisé toute l’utilité d’Internet. Ayant souvent besoin pour mes articles de retrouver les résultats précis d’une élection ou encore la date d’un évènement politique, j’emportais avec moi, au journal ou en reportage, une partie de ma documentation personnelle. Ce qui n’était, pour le moins, pas très pratique. D’où l’idée de mettre progressivement en ligne mes données – rares sont celles qui n’étaient pas alors inédites sur Internet – afin de pouvoir les consulter de partout. Je me suis ensuite pris au jeu, et, malgré des obstacles techniques pour un autodidacte de l’informatique, je cherche aujourd’hui davantage à les mettre en scène.
Quel est le trafic de ton site ?
Le trafic de france-politique.fr est très variable, puisqu’il est directement lié à l’actualité politique en générale et électorale en particulier : 176 486 visiteurs uniques en avril 2012, 148 126 en mai 2012 (sources Google Analytics). Mais, pour être honnête, voici les chiffres l’année précédente sur les mêmes mois, hors période électorale : 29 137 visiteurs uniques en avril 2011, 34 730 en mai 2011.
Il est très orienté « données » et notamment résultats électoraux : as-tu eu des difficultés pour obtenir toutes ces informations ?
Tout dépend de quelles données on parle. Les résultats électoraux sont aujourd’hui facilement disponibles dans la foulée d’une élection. Restent deux difficultés.
La première, ce sont les résultats électoraux historiques. Je me suis certes procuré au fur et à mesure de mes recherches ceux qui m’intéressaient, mais je me heurte à un problème de temps pour les saisir sur tableur !
La seconde difficulté, c’est de retravailler les résultats du ministère de l’intérieur. Je suis toujours très frustré au lendemain d’une élection de voir de superbes infographies présentant les résultats mais basées sur les données brutes du ministère de l’intérieur. Or, celles-ci sont imprécises voire erronées. Alors que le premier travail d’un journaliste politique devrait consister selon moi à les vérifier et affiner. C’est en tout cas ce que je fais à chaque scrutin en pointant précisément les candidats parti par parti. Même si cette année, pour la première fois, deux partis – le MPF et le CNIP – ont étrangement refusé de me fournir la liste de leurs candidats.
Sélectionnez vos données et naviguez simplement sur Europe-politique.fr et France-politique.fr
Depuis la création de Data.gouv.fr, as-tu plus de facilité à obtenir les données politiques ou bien continues-tu à suivre le même circuit qu’auparavant (demande directe auprès du ministère de l’intérieur) ?
Il m’est arrivé de piocher mes données sur Data.gouv.fr, mais je préfère continuer à travailler avec mes interlocuteurs au ministère de l’intérieur, car cela me permet d’obtenir plus rapidement et avec précision ce que je cherche.
Outre France-politique.fr, tu as décliné ton « offre » data sous différentes formes : france-politique.fr pour les résultats électoraux français, europe-politique.eu pour les résultats électoraux européens, ipolitique.fr pour tes analyses, et wikipolitique.fr : tu es un vrai boulimique de la donnée politique ! Te considères-tu comme un Data geek ?
Oui, et ce n’est pas nouveau ! C’est adolescent que j’ai commencé à dessiner des tableaux de résultats électoraux et des généalogies de partis politiques, avec comme première source le Quid. Avant de fréquenter, bien que lycéen, des bibliothèques universitaires pour retrouver des informations historiques sur les élections ou les partis politiques. Quel dommage que je n’ai pas eu un tableur dès ces années ! J’étais en quelque sorte un Data geek avant même de m’acheter, à l’aube des années 2000, mon premier ordinateur…
Justement, à propos de wikipolitique.fr, quel est l’objectif de ce site ?
Il s’agissait à l’origine d’une encyclopédie des idéologies et partis politiques basée sur l’excellent logiciel MediaWiki, qui n’existait malheureusement pas lorsque j’ai lancé mon premier site. Mais j’ai finalement rapatrié sur france-politique.fr mes fiches de partis politiques français et sur europe-politique.eu celles des autres États membres de l’Union européenne. Wikipolitique.fr trouvera peut-être un jour une autre destinée !
Quelle est ton analyse de données qui a produit les résultats les plus étonnants ?
C’est tout neuf ! J’ai en effet récemment pu me procurer un document confidentiel : le rattachement financier des candidats aux élections législatives. Chacun d’entre eux déclare en effet à la fois une étiquette politique, qui est publique, et, éventuellement, le rattachement à un parti pour le financement public, dont une fraction dépend du nombre de voix obtenu au premier tour des législatives. Or, bien qu’à ma connaissance aucune disposition légale ne l’exige, ces rattachements financiers ne sont pas publics. Ce manque de transparence constitue un véritable scandale démocratique, puisqu’en tant qu’électeurs et contribuables nous ne savons pas à quel parti ou groupement politique se rattache le candidat pour lequel nous votons.
C’est ainsi que j’ai pu constater que tel ou tel candidat se présentant sous une étiquette s’était financièrement rattaché à un autre parti. C’est par exemple le cas du député Paul Giacobbi (2e circonscription de la Haute-Corse), qui ne s’est pas rattaché financièrement à son parti, le PRG, mais au PS. Je viens tout juste de finir la saisie pour les 6 603 candidats : place maintenant à son exploitation !
Enfin, à quelles données rêves-tu avoir accès ?
Justement, le rattachement financier des candidats aux précédentes élections législatives ainsi que, chaque année, celui des parlementaires…
Lire la précédente interview de Laurent de Boissieu sur Data Publica : « Les statistiques officielles ne sont pas dignes d’une démocratie moderne ! »
Les précédentes interviews de Data Geeks:
- Arthur Charpentier : la Data stat & modélisation
- Mathieu Rajerison : la passion de la GéoData

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